Interview de Seyni Ndir Seck, ancienne capitaine de l’équipe nationale, présidente et fondatrice de l’association Ladies Turn www.ladiesturn.org, et aujourd’hui Présidente du Football féminin au Sénégal 

Quand as-tu commencé à jouer au foot ? 

Je joue depuis que je suis toute petite, dans la rue, comme tout enfant. J’ai commencé vers l’âge 7 ans avec les garçons. J’étais la seule fille. C’était à Yoff dans un petit village Lébou.

Dans quel club joues-tu / as-tu joué ? 

J’ai démarré ma petite carrière de joueuse chez les Gazelles de la municipalité de Dakar. 3 ans après j’ai eu une licence aux Aigles de la Médina (à Dakar). Et après 10 ans chez les Aigles, après avoir tout gagné (championnat, la coupe), je me suis lancée un nouveau challenge en signant une licence à 270km de Dakar, à Saint Louis au lycée Ahmet Fall, afin qu’elles jouent les premiers rôles au niveau du championnat national. J’ai eu la chance de faire partie de la première équipe nationale en 2002 jusqu’en 2011. J’ai participé à tous les rassemblements de l’équipe, j’étais capitaine de 2002 à 2011.

Ce que tu ressens quand tu joues ?

Que du bonheur, du plaisir, c’est un tout quoi.

As-tu une joueuse que tu affectionnes le plus ? Pourquoi ?

Personnellement quand je jouais, il n’y avait pas de rôle modèle féminin – mes modèles c’était des hommes – Zidane, Abedi Pelé, Girès… c’était les noms avec lesquels on m’appelait dans mon quartier. Quelques amis m’appelaient Corine car j’étais capitaine de l’équipe nationale sénégalaise et Corine capitaine de l’équipe de France. On m’appelle aussi « Platoche », j’aime bien ce nom, c’est le seul nom qui est resté.

Ton plus beau souvenir de match ?

Je pense que le plus beau souvenir peut être c’est un peu mes matchs en équipe nationale. Ce dont je me souviens le plus, c’est le moment des hymnes, où tu es là, tu es ambassadeur de ton pays, c’est pas tout le monde qui chante pour son pays. Le premier match international, je ne pouvais pas ouvrir les yeux tellement c’était chargé en émotion. L’émotion me dominait. J’ai fermé les yeux pour chanter l’hymne avec le plus de résonance possible. J’ai cru à mon rêve, j’y croyais, je me suis accrochée, c’était l’aboutissement de tout un travail, de toute mon enfance, ça a été très fort pour moi.

Ton plus beau souvenir hors terrain ? 

La reconnaissance que tu as et que les gens ont envers toi, la fierté que les gens ont quand tu passes dans la rue, tu es devenue une icône dans ton domaine, ça c’est hyper beau. C’était pas gagné d’avance mais le jour où j’ai joué en équipe nationale des gamins ont dit « on t’a vu à la télé », c’était très fort en émotion, et cela montre que rien n’est impossible.

La femme qui t’inspire le plus ? 

Ma mère. Ma mère c’est la force tranquille, j’aurais bien aimé être calme comme elle. Elle a mis au monde 10 enfants (je suis la 6ème) et réussi à les éduquer et les mettre sur le droit chemin, c’est pas donné à tout le monde. C’est un modèle pour moi, pour tout ce qu’elle représente. Tout ce que je suis devenu aujourd’hui, c’est grâce à mes parents, ma mère, mon père, certes au début, ils ne voulaient pas que je joue, mais ils m’ont donné les ingrédients pour que j’étudie et que je joue.

Quel est ton rêve ?

Mon rêve c’est de voir les filles jouer partout dans le Sénégal, dans les quartiers, dans les écoles, dans les rues, avoir un championnat avec toutes les catégories possibles et puis aujourd’hui je suis présidente de la commission de football féminin, mon rêve c’est de voir l’équipe de foot féminin à la CAN pour une seconde fois (la première fois c’était en 2O12).